Le plus joli mot du monde quand enfin la petite bouche adorée articule son premier « maman », l’impression d’un petit miracle de la vie.
Le bonheur.
Puis petit à petit ce mot devient récurrent, un vrai refrain, et on l’entend dans toutes les bouches :
« écoutes ta maman » « donnes ça à maman »
et paf, arrive le jour ou ton propre amoureux, ou ta propre mère se met à t’appeler « maman ».
Là, tu te dis, oups, y a comme un truc qui cloche.
Je ne m’appelle pas « maman ».
Moi, c’est Machine, Truc ou Bidulle : une personne, une femme, ben si, et j’aimerais bien le rester, voyez.
Commence le premier combat contre les « mamans » intempestifs.
Mais là, il s’agit de redevenir soi même aux yeux de l’entourage, des personnes somme toute adultes et en âge de raison.
A savoir qu’au bout d’une demie-douzaine d’explications, il reste un espoir pour qu’ils comprennent, et se reprennent. Mais ne nous faisons pas d’illusions, pour beaucoup s’en est fini de Machine : terminé, elle n’existe plus celle là.
Au mieux, tu arriveras à réintroduire le possessif « ta », histoire de sauver les apparences.
Mais ensuite, arrive une mutation étrange, un phénomène paradoxal et inexpliqué, qui fait de ce doux mot préféré un cri suraiguë exécré.
Et oui, je parle du fameux :
« maaaaaaaaaaaamaaaaaaaaaaaan »
Souvent porteur de mauvaises nouvelles, ce cri qui ne rappelle plus que de très loin (et avec beaucoup d’effort) la tendresse et l’amour, est généralement suivi d’un larmoyant « je m’ai fais maaaaaaal » ou d’un pragmatique « j’ai fais cacaaaaaaaaaa » (de préférence placé au moment précis où : on met un pied sous la douche/ on répond au téléphone/ on commence à éplucher les légumes.)
Sans oublier bien sûr qu’il est fréquemment suivi aussi de« je m’ennuiiiiiiiiiiie » et son corollaire « tu joues avec moi ? »
Il existe pourtant un mot, une petite conjonction, qui rend l’appellation geignarde encore plus désagréable.
Si.
Encore pire.
Celle qui te fais dresser les cheveux sur la tête, celle qui voit ta patience se réduire en peau de chagrin en un clin d’œil, je parle bien sûr, du :
« maaaaaaaaaaaaais mamaaaaaaaaaaaaaaan »
Insulte suprême à ton semblant d’autorité, réponse négative s’il en est, le « mais maman » se place sans discrimination à l’heure du coucher, à celle de se brosser les dents, de se mettre à table, de partir à l’école : bref, en toutes circonstances où le temps est compté.
Le « maaaaaaaaaaaamaaaaaaaaaaaaaaan » est le cri typique du petit humain.
L’appellation incontournable de la femme devenue mère.
Mais aussi, je n’ai pas honte de le dire, le plus beau ET le plus chiant du monde.
Et c’est avec un magnifique « maaaaaaaaaamaaaaaaaaaaaaan, j’ai faim » que je vais devoir clore ce billet : le devoir m’appelle…